Elévation (Charles Baudelaire)

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,

Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,

Par delà le soleil, par delà les éthers,

Par delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,

Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l’onde,

Tu sillonnes gaiement l’immensité profonde

Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;

Va te purifier dans l’air supérieur,

Et bois, comme une pure et divine liqueur,

Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins

Qui chargent de leur poids l’existence brumeuse,

Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse

S’élancer vers les champs lumineux et sereins ;

Celui dont les pensers, comme des alouettes,

Vers les cieux le matin prennent un libre essor,

Qui plane sur la vie, et comprend sans effort

Le langage des fleurs et des choses muettes !

-Charles BAUDELAIRE-

Pour ce premier jeudi poésie du défi 231

chez les Croqueurs de Môts mené par ABC (Jardin des Môts)

nous partons à la montagne !

9 réflexions sur « Elévation (Charles Baudelaire) »

  1. En voyant l’illustration j’ai pensé à Lamartine et je découvre Baudelaire, j’aime beaucoup les deux…
    Quand Baudelaire devient serein sa plume nous transporte et nous apaise, c’est sublime !

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